Karim Tazi, authenticité et franc-parler ?

La justice et l’équité, moteurs de développement harmonieux

Tout dirigeant d’entreprise n’a-t-il pas pour vocation la création de richesse ? La prospérité économique, n’est-elle pas due, entre autres facteurs, à ce dirigeant qui croit fermement que sa propre entreprise ne connaitra le succès escompté que dans une société où le profit légitime et la croissance égalitaire en sont la pierre angulaire ? Une société où la justice et l’équité sont le moteur de ce développement harmonieux qu’il appelle de ses vœux.

Karim Tazi dans une interview accordée à Media24, il excelle à jouer sur tant de registres : aussi bien économique que politique que social que digital ! Le fait-il par pédantisme, faisant étalage d’une connaissance aussi vaste que variée ?

La création de richesse n’est-elle pas une affaire trop complexe pour être abordée à partir d’un angle si restreint qu’il fausse toute analyse et surtout introduit une superficialité réductrice justifiant tant de dérives ? Face à cette exigence, a-t-on d’autres choix que d’être multiple, que de voir les données dans leurs diverses facettes et leurs diverses implications ?

Un sens critique flamboyant traverse cette interview

En réponse aux questions d’Adam Fassi Fihri et d’Aziz Boucetta, l’homme, on le sent exaspéré, face à ces occasions perdues, face à ces phénomènes régressifs qui « conspirent » contre l’épanouissement : la corruption véritable hécatombe, la rente véritable carcan, l’informel véritable tumeur, les tripatouillages électoraux véritables bâtons dans les roues d’une démocratie qui se révèle non seulement une planche de salut, mais la grâce divine sur nos âmes tourmentées.

Un sens critique flamboyant traverse cette interview de bout en bout. Mais tout en étant critique acerbe, il fait parfaitement la part des choses en soulignant les efforts déployés par un pouvoir public « pédalant dans le yaourt », certes. Mais faisant le plus souvent preuve de bonne volonté, et ayant un réel penchant pour des réformes susceptibles de sortir le pays du marasme.

Karim Tazi affirme que le Maroc a fait le choix d’une économie libérale. Assumons donc ce choix en dehors d’un syncrétisme appauvrissant, tout en nous rappelant que ceci n’a rien à voir avec un ultralibéralisme dont les Marocains n’aiment pas les outrances. Non, contrairement à cela, le libéralisme s’oppose à cela de même qu’il s’oppose à une économie planifiée au service d’une oligarchie. Les Marocains, nous dit-il, ont fait l’expérience d‘un secteur public qui a donné de meilleurs résultats.

Ne s’agit-il pas d’une économie de marché qui ne s’oppose nullement aux interventions étatiques ? Pourvu qu’elles créent un environnement serein, stimulant ainsi la croissance, incitant à la prise d’initiative, imposant le droit souverain tout en apportant un remède aux défaillances endémiques et sanctionnant corrupteurs et prédateurs.

Assainir nos mœurs aussi bien politiques qu’administratives

Partout où nous tournons la tête, nous sommes confrontés à la question réforme. Mais comment le faire sans assainir nos mœurs aussi bien politiques qu’administratives ? Ici la question confiance surgit à tous les coins et recoins de la réflexion.

Karim Tazi trace et retrace les contours d’un nouveau modèle de développement en laissant entendre que l’ancien modèle était caractérisé par « la faiblesse de l’État de droit ». Ceci ne signifie-t-il pas que nous sommes en pleine transition démocratique ?

Tout en passant en revue nos fléaux, Karim Tazi s’arrête sur la blessure de l’arabisation qui a fait couler une rivière d’encre. Ce qui a conduit à son échec, selon lui, c’est « la massification de l’accès à l’éducation qui a conduit à son échec » ! Mais ne faut-il pas souligner l’improvisation jointe aux agissements d’un certain lobby, résidu d’un colonialisme culturel qui ne veut pas plier bagage ?

Karim Tazi, en dehors de cette querelle, note : « L’arabisation était une occasion précieuse de produire un capital humain de très grande qualité. » Mais il laisse conjecturer que ce n’est que partie remise.

Ceci est à saluer chez un dirigeant d’entreprise parfaitement francophone, progressiste, nationaliste, surtout marocain jusqu’au bout des ongles. La noblesse d’une telle authenticité, d’un tel attachement à l’identité culturelle donne ce discours qui nous éclaire, mais surtout nous fascine.