Ntla9awfbladna : tourisme interne entre mausolée et croissance

Un projet destiné à sensibiliser les Marocains à la question touristique

Ntla9awfbladna est le slogan d’un projet national lancé par l’Office National Marocain du Tourisme. Ce projet vise à faire du tourisme interne le fer de lance d’une stratégie de croissance et de développement. Un projet destiné à sensibiliser les Marocains à la question touristique, en endossant les habits de touristes dans leur propre pays.

 Ce projet si ambitieux nous enchante, il exprime une prise de conscience aussi bien économique que culturelle. Mais les préoccupations sociologiques ne sont pas en reste. Levons donc le voile sur cet aspect souvent négligé.

Le tourisme interne ? L’expression est consacrée ailleurs, mais chez nous, elle sonne de manière étrange. Ailleurs, c’est une aventure qui interroge : pourquoi aller découvrir une richesse quelconque ailleurs en négligeant nos propres trésors ?

Cette expression n’écorche-t-elle l’oreille par son excentricité ?

Mais que signifie ce tourisme interne dans notre pays ? Force est de constater que cette expression écorche l’oreille par son excentricité. Le tourisme, c’est ce qui se pratique d’un pays à un autre. Le touriste, c’est un étranger qui arrive chez nous, savourant nos médinas et leur exotisme qu’il assimile à son Moyen Âge. Être touriste dans son propre pays ne constitue-t-il pas un contresens flagrant qui suscite moquerie et sarcasme ? Néanmoins, notre pays connait mutation et chamboulement de mode de vie. Les gens de plus en plus se déplacent surtout dans les périodes estivales. Certaines villes connaissent un engouement, mais tout ce beau monde ne se considère nullement comme touriste.

Pourquoi ? « Le tourisme interne » nous interpelle. Il pulvérise un héritage ancestral. Il nous sort de notre léthargie, remettant en cause tout un mode de vie, en nous rappelant que nous sommes recroquevillés derrière nos petites frontières tribales, vivant dans une autarcie étouffante.

 En effet, qui nierait que traditionnellement, nous ne nous déplaçons dans notre pays que selon ce que dicte « Silat Arrahim » : raviver un lien familial, ce qui consolide encore plus les liens tribaux. Sinon, on se déplace pour quelques petites transactions commerciales. Sinon, on se déplace pour répondre aux injonctions d’une géographie chaleureuse de la foi. Visiter un tel mausolée et rentrer aussitôt dans le bercail auréolé de la bénédiction d’un saint, dont la Baraka vient à bout de tous les « mauvais œils » que Satan Al marjoume manigance inlassablement.

Ntla9awfbladna : le tourisme interne entre mausolée et croissance

Ne nous invite-t-il pas à scruter les recoins inconnus de notre personnalité nationale ?

Le tourisme interne constitue une révolution secouant vivement cet univers mental et cet imaginaire millénaire. Dès lors, il nous invite à scruter les recoins inconnus de notre personnalité nationale. Et voilà que cette géographie si accueillante et si chaleureuse de la foi se transforme en un espace où la géographie et l’histoire se combinent pour nous faire découvrir d’autres paysages, d’autres langues, d’autres accents, d’autres coutumes, vers de vastes horizons.

Les découvertes se succèdent, le tourisme interne nous révèle que nous ne connaissons pas grand-chose de nos compatriotes, ceux qui se situent de l’autre côté de la barricade. Ainsi le Marocain de Casablanca ne connait rien du Marocain de Laâyoune, celui-ci ne connait rien du Marocain du Rif ni celui-ci du Marocain de l’Atlas. Le tourisme interne nous invite donc à nous réconcilier avec nous-mêmes, à répudier notre particularisme endogamique qui engendre cette uniformisation appauvrissante.

Ainsi le tourisme interne nous invite à pulvériser nos miasmes, à nommer ce que nous craignons de nommer. Lire l’illisible en nous, rendre visible ce qu’une tradition sourde et muette veut qu’il reste du domaine de l’énigme, de l’inaudible.

Pour conclure, disons que le tourisme interne nous enseigne que nos diversités urbaines et régionales, linguistiques et culturelles concourent à une synthèse reflétant le génie d’une nation qui brille de tous ces rayons. N’est-ce pas que c’est là que s’illustre une singularité ? N’est-ce pas que c’est cela qui fascine le touriste, comme l’homme d’affaires, comme tous ces honorables gens ? Tous ceux qui traversent monts et vallées, pour s’enrichir d’une originalité devenue mystères et émerveillement qui enflamment désirs et curiosités