Ne s’agit-il pas là d’un parcours du combattant ?
IFC, filiale du groupe de la Banque Mondiale, s’allie à Tamwilcom pour se mettre au service de l’entrepreneuriat féminin. Ce projet grandiose arrive à point nommé pour rappeler certaines évidences escamotées.
Nous l’applaudissons à tout rompre. Et voilà pourquoi : un jeune homme qui veut créer son entreprise doit s’armer d’un prodigieux arsenal fait d’audace, de ténacité. Le tout est couronné par une personnalité pourvue de ressorts absorbant choc et commotion. Ne s’agit-il pas là d’un véritable parcours du combattant ? Mais que dire d’une jeune femme fraîchement émoulue qui a la même audace, la même volonté de déplacer les montagnes ? Nous n’avons nul besoin de formuler une réponse, tant l’éloquence de celle-ci crève les tympans avec sa cohorte de casseroles et autres lieux communs.
Il va sans dire qu’on ne parle pas de celles et ceux qui sont nés avec une cuillère d’or dans la bouche, celles et ceux dont le chemin est tout tracé vers le succès escompté. Cependant, un succès offert est-il réellement un succès ? Ne porte-t-il pas en son sein les ingrédients de son étiolement, voire même peut-être sa décrépitude ? Qui nierait que seule la sueur abondante irrigue les terres asséchées, les transformant ainsi en jardins fleurissants !
Conjuguer l’entrepreneuriat au féminin n’est-il pas incongru ?
Serait-il surprenant de dire que l’entrepreneuriat au Maroc est masculin par excellence ? N’est-il pas la chasse gardée de l’homme créateur de richesses et de bien-être ? Dans ce contexte, conjuguer l’entrepreneuriat au féminin n’est-il pas incongru ?
On est en droit de s’interroger : ce patriarcat qui a construit un monde où la roujoula الرجولة est la référence par excellence, n’insulte-t-il pas notre langue arabe qui ne fait aucune distinction entre masculin et féminin en matière d’entreprendre ? Ainsi l’audace en arabe n’est-elle pas féminine : الجرأة al-jouraa ? L’élan n’est-il pas de même : الهمة al-himma ? Ainsi que la volonté : الارادة al-irada. La détermination : العزيمة Al azima. Toutes ces notions qui constituent la pierre angulaire de l’esprit d’entreprise sont bel et bien au féminin.
Alors comment expliquer un tel divorce ? L’entrepreneuriat féminin ne représenterait-il pas un immense danger pour le pouvoir d’un homme qui se confond à ses privilèges ? Une femme qui entreprend n’est-elle pas en passe d’acquérir ce nerf de la guerre, cette fortune qui lui donne une puissance castratrice ?
L’ère de la chouccara masculine n’est-elle pas révolue ?
Une femme qui entreprend franchit ce pas géant vers l’égalité des sexes dans l’univers symbolique du travail, alors que celui-ci est un monopole de testostérone ? Une femme qui entreprend annonce que l’ère de la chouccara masculine est révolue. Cette chouccara change de fonction, elle est désormais unisexe, elle n’est plus au service de la réclusion, de la soumission, mais plutôt facteur d’inclusion, d’éclosion et de développement économique.
Mais quel chamboulement ! Le sociologue est interdit devant la variété des perspectives. Et quelle transition ! La femme réputée détentrice d’un pouvoir de séduction dévastateur, n’est-elle pas la femme Fitna ? Si à cette Fitna s’ajoute le pouvoir d’entreprendre, c’est toute la cité vertueuse qui se voit frappée par une bourrasque qui remodèle son architecture mentale.
Une question s’impose : si tout ce qu’on colle à la femme n’est que balivernes, ne reposant sur rien de tangible. Et que la vérité sur la femme est ailleurs. Ce que l’on redoute le plus chez la femme ne serait-il pas incontestablement le pouvoir de la vertu ? N’est-elle pas celle qui préserve la société de ses dérives masculines ? N’est-elle pas elle qui élève les enfants en leur transmettant tout un héritage qui constitue le socle de l’identité nationale ? N’est-elle pas elle qui soude la famille autour de ces valeurs qui pérennisent une tradition protectrice ?
Tout cela dérange l’homme qui veut contre vent et marée s’arroger le rôle de sermonneur puisqu’il est le parangon du mérite et le gardien du temple dont la sacralité s’effiloche.
Cette initiative commune de la Banque Mondiale et de Tamwilcom n’est-elle pas ce cri lancé à l’homme et à la femme : ensemble, la main dans la main pour un monde meilleur ?









