We4She, est-ce quatre épouses ?

Que suggère We4She ?

Fairouz Oulad, DRH Maroc de Concentrix, note : « En intégrant la charte de parité We4She, Concentrix ambitionne ainsi de participer à une dynamique plus large de transformation des pratiques managériales et de promotion de la place des femmes dans l’entreprise. »

En effet, nous saluons cette initiative, cette sensibilité louable à la question féminine. Cependant, ce We4She nous interpelle, il s’agit certes d’un slogan dont l’anglicisme s’entend en plusieurs sens. Mais, avant tout, concentrons-nous sur ce qu’il suggère.

Soulignons d’abord qu’il s’agit d’un slogan, or celui-ci n’est jamais une charade énigmatique qui rebute, ni une formule pédante réservée aux initiés. Contrairement à cela, un slogan est avant tout la clarté de l’eau de roche d’un message qui ne peut souffrir la moindre ambiguïté. Suscitant ainsi le plus souvent adhésion, réveillant une nostalgie, enclenchant une curiosité. Bref, tous ces ingrédients qui constituent la force de frappe d’une stratégie de communication.

Chraa aatana 4 ??

Décodons donc ce slogan We4She, quel message délivre-t-il ? Rappelons que son destinataire marocain n’a pour langue de référence que le français ou l’arabe, il est de ce fait obligé de le traduire pour mieux l’assimiler. We4She donne en français : « Nous sommes pour elle. » Cela peut passer sans le moindre fouet pour le moindre chat, mais en arabe cela donne : « Hna min ajl 4 mannha »,« احنا من اجل اربعة منها », « nous sommes pour 4 d’entre elles ». Cette expression n’enclenche-t-elle pas l’émergence de la célébrissime locution marocaine : « Chraa aatana 4« , « الشرع اعطانا اربعة ». Ce qui signifie que la loi sacrée nous autorise quatre épouses.

S’agirait-il d’une pure maladresse ? Pire, c’est offusquer la bienséance, c’est insulter la notion même du couple, conquête précieuse de notre modernité marocaine.

Derrière ce slogan costume et cravate sont troqués contre vieux turban et vieille djellaba ! C’est un écosystème qui se fait délaver jusqu’à perdre toute emprise avec les ambitions d’un environnement en pleine évolution et transformation. La raison d’être d’une association, d’une entreprise, n’est-elle pas d’être parfaitement en phase avec les désirs et les rêves de son environnement, d’être le fidèle compagnon d’une contemporanéité en marche ?

Un message subliminal sans mesurer ses implications ni sa portée

Ceci n’est pas une causerie banale. C’est la théologie régressive qui s’improvise porte-parole d’un conservatisme suranné ! Ne s’agirait-il pas d’un souffle de vie à une tradition désuète ? Ce créatif, ce marketer, ce communicant n’est-il pas en train d’émettre inconsciemment un message subliminal sans mesurer ses implications ni sa portée.

Les mots dans tout acte de communication sont magiques. Ils suscitent adhésion spontanée, sympathie agissante, resserrement des liens relationnels. Mais les mots peuvent être aussi malfaisants, en pulvérisant une confiance, suscitant une défiance et de là, rejet et répulsion.

On peut me rétorquer que les initiateurs de ce slogan ne se sont pas rendu compte de ce qu’il recèle comme potentialité culturelle inconsciente. Dans ce cas de figure, l’excuse est pire que la faute. Un créateur doit absolument voir les arborescences évocatrices parfois sous-jacentes qu’occulte sa création. Méditer ses éventuels effets cognitifs qui échappent le plus souvent à un apprenti sorcier.

Toute institution ne s’assigne-t-elle pas pour principe d’intégrer dans sa communication les aspirations, le référentiel linguistique et culturel de son environnement ? Quand elle est étrangère, ne devrait-elle pas avoir pour principe de connaitre les mœurs et les ambitions du pays dans lequel elle opère ? Il y va de son épanouissement, de son rayonnement. Sinon c’est le malentendu qui se traduit par divorce et étiolement.