L’interculturel à l’assaut de l’entreprise marocaine ?

L’interculturel ne s’impose-t-il pas de plus en plus à l’entreprise marocaine ? Tant sa présence apparait incontournable. Ne fait-il pas irruption avec fracas dans la vie de la communication de l’entreprise pour lui faire entendre raison et lui rappeler que son environnement mental, ses parentés ethniques ou tribales, ses diversités linguistiques, leurs connotations et les référentiels de perception sont le plus souvent source de quiproquos et d’embarras ?

L’interculturel ne remembre-t-il pas une conscience éclatée qui part en vrille ?

L’interculturel nous rappelle, à nous Marocains, que ce n’est pas parce que nous parlons l’arabe dialectal ou l’arabe classique ou le berbère ou le français que nous sommes sortis de l’auberge, que tout est limpide. Cependant, l’arabe dialectal que parle un Fassi n’a pas les mêmes connotations, ni les mêmes subtilités que parle un Tanjaoui ou un Marrakchi ou un Sattati. De même que l’arabe classique, celui que parle un fin lettré, n’est pas celui qu’articule un néophyte. De même que le berbère que parle un Rifain n’est pas celui que parle un Zayani ni un Soussi. Le français n’est pas en reste. Celui que parlent ceux qui sont passés par la mission française n’est pas celui que parlent ceux qui sont passés par l’école publique. Et c’est là que l’interculturel se propose de retrouver un terrain d’entente, afin de remembrer une conscience éclatée qui part en vrille.

La communication interculturelle ne constitue-t-elle pas un éclairage incontournable pour toute entreprise au Maroc ? Ne constitue-t-elle pas la réponse à toutes ces interrogations auxquelles font face au quotidien les responsables de la communication, les dirigeants d’entreprise… ? Comment ménager tant de susceptibilités en naviguant dans ces eaux troubles, comment délivrer un message suscitant l’adhésion ? Un message qui ne choque pas les convenances tout en saisissant les enjeux en termes de variations de ton, d’insinuations et d’allusions qui se cachent derrière un mot qui n’est autre qu’image mentale.

L'interculturel à l'assaut de l'entreprise marocaine ?

 

Les points de repère européens qui ne sont nullement la référence universelle

En somme un message qui bat en brèche les points de repère européens qui ne sont nullement la référence universelle par excellence. Toutefois, il n’est pas exclu que quelques points soient admis dans la mesure où ils sont suggestifs et inspirants. Des repères qui coïncident et enrichissent ceux qui émanent des entrailles de notre société marocaine. C’est dans ce sens que l’interculturel s’arrête sur l’originalité de cette société, ses pulsions intimes, ses mécanismes et ses rouages de fonctionnement.

Qui nierait un seul instant que notre société est celle par excellence du référentiel implicite ? Ne devrions-nous pas tourner le mot et la phrase deux à trois fois avant de les composer pour enfin les délivrer sans jamais être certains qu’ils seraient reçus cinq sur cinq ! On dit que les mots ne sont pas innocents. Mais dans la culture marocaine, les mots traînent tout un tas de casseroles sous forme d’insinuation, d’imputation, de bâtardisation. Et si par malheur, ils ne sont pas rigoureusement contrôlés, ils finissent par être remodelés et ainsi pétri d’effets inattendus.

Devant la complexité de la tâche, certains préfèrent produire un discours insipide, robotique et lisse, sinon une rhétorique ressassée, chauffée et réchauffée. Et c’est là qu’intervient l’interculturel pour éclaircir tant de brume et baliser un champ miné. Il attire l’attention sur la colère d’un amour-propre blessé, la revanche d’une norme parfois transgressée, la réaction des convenances méprisées ou égratignées. Que reste-t-il d’un message non informé ? Ne suscite-t-il pas rejet, pour ne pas dire aversion et répulsion ?

Les malentendus ne sont pas que linguistiques et tout ce qui en découle comme assertions et évocation, mais là où le bât blesse, c’est que les malentendus débordent le verbal pour toucher aux comportements, aux postures et aux gestuels.

La Hchouma ne constitue-t-elle pas une institution en dehors de laquelle, c’est le rejet assuré ?

Un francophone imprégné de culture occidentale ne considère-t-il pas que la timidité est un défaut à bannir de l’univers entrepreneurial ? Alors que la norme marocaine la considère comme une qualité appréciable. Ne renvoie-t-elle pas à ces fameux Lahya, wa al’arad et à cette fameuse Hchouma ? Cette Hchouma ne constitue-t-elle pas une institution en dehors de laquelle, c’est le rejet assuré ? Ceux qui se considèrent progressistes et veulent s’affranchir de son emprise se voient frapper d’obsolescence.

La communication interculturelle, rompue à l’exercice psychologique, scrute les non-dits, l’implicite, les sous-entendus, les lapsus et les refoulés. Tout cela ne constitue-t-il pas le champ où se déploie le génie d’un peuple sur ces deux volets ? Le verbal et sa diversité infinie : son vocabulaire imagé, son lexique bariolé, ses images familières. Et d’autre part, la gestuelle, les points d’interrogation et ceux d’exclamation.

Ne dit-on pas en arabe Alsoukout ‘alamt alrida. Le silence est signe de consentement. Dans la culture marocaine et dans certains contextes, le silence n’est-il pas perçu comme de la complicité parfois, voire même comme de la lâcheté ?

Regarder fixement quelqu’un droit dans les yeux alors qu’il occupe un rang plus élevé dans la hiérarchie n’est-il pas un signe d’insolence ou d’irrespect ? Or dans certains contextes, c’est un signe de fierté.

Ainsi l’interculturel nous invite à sortir de notre bulle, à accorder une écoute attentive à ces signes et symboles qui s’entrechoquent en face de nous et à chasser à jamais ces parasites qui viennent perturber cette harmonie à laquelle nous aspirons de toutes nos forces.