La Nafss et la Anafa interpellent le dirigeant marocain d’entreprise

Laila Mamou, Directrice de l’engagement citoyen de Crédit Agricole, dans un post sur LinkedIn nous assène cette vérité si lumineuse qu’elle mérite commentaire. Elle affirme : « Le Nefs est une notion marocaine difficile à traduire, à la fois le souffle, la dignité et la volonté. C’est une énergie intérieure… ».

La fantasia marocaine n’est-elle pas l’expression de cette Nafss

Ne sommes-nous pas en plein contexte culturel marocain : en plein Nafss, en plein Anafa, en plein Nif ? Ces notions qui nous viennent de la culture chevaleresque arabo-islamique, mais qui habitent nos entrailles marocaines. Ne constituent-elles pas notre raison d’être ? Ne se confondent-elles pas avec ‘Arad et Rojla? Le Nif, n’est pas que le nez, comme le veut cette traduction étriquée, c’est plutôt l’orgueil, la fierté. Mais cela comporte également la révolte contre l’injustice, contre l’inégalité. Nos frères algériens en ont fait le code d’honneur par excellence, quelqu’un qui en est dénué est un être exécrable rejeté sans appel. La Nafss n’est-elle pas son équivalent chez nous ? La fantasia marocaine n’est-elle pas l’expression de cette Nafss devenue élan et orgueil caricaturalement mise en scène ?

Comment voulez-vous que cette entreprise se souvienne de cette Nafss ? N’est-elle pas la fille légitime ou adultérine du protectorat français ? N’est-elle pas l’héritière de tout un tas de préjugés, de tout un tas de stéréotypes qui ont la vie dure et qui s’infiltrent sournoisement dans les modes de réflexion les plus innocemment avertis ?

La langue, française comme arabe, ne sont-elles pas le véhicule d’un héritage ?

L’un des phénomènes les plus frappants de cette déconnexion avec le pays réel est ce divorce quasi consommé avec la langue arabe conduisant à une véritable exogamie. La langue, française comme arabe, ne sont-elles pas avant tout le véhicule d’un héritage, d’une histoire, d’une psychologie, d’un référentiel de mythes ? Or cette langue française héritage de l’époque coloniale n’est-elle pas à mille lieux de la langue française des Lumières ? Est-ce étonnant que notre entreprise marocaine soit enfoncée dans sa petite condescendance ?

Notre culture marocaine est incontestablement arabo-berbère. Hélas celle-ci n’est pas la bienvenue dans cette sphère. On lui impose de se cacher, de raser les murs. Ne gâcherait-elle pas la fête ? Ne rappellerait-elle pas une enfance que l’on veut oublier ? Une grand-mère que l’on veut cantonner là où elle est avec ses tatouages de jadis, ses habits multicolores et son accent trop terroir qui sent trop la lavande, le clou de girofle et le henné !

La Nafss et la Anafa interpellent le dirigeant marocain d'entreprise
La fantasia marocaine n’est-elle pas l’expression de cette Nafss devenue orgueil caricaturalement mise en scène ?

Entreprendre en tant que Marocain

Je ne veux pas remuer le couteau dans la plaie, mais je m’arrête là et je pose la question lancinante : n’est-il pas grand temps que l’entreprise marocaine se réconcilie avec son identité profonde ? Ne s’agit-il pas de l’alpha et l’oméga de tout épanouissement, de toute harmonie avec un environnement pour un rayonnement et une croissance tant rêvée ?

Depuis quand bâtir un édifice sans soubassement ? Néanmoins, soulevons ces questions légitimes, quitte à ce qu’elles soient taxées de truisme. Pourquoi entreprendre ? Quelles sont les réponses que nous offre notre culture marocaine ?

Ainsi, le sens de la prise d’initiative, tel qu’il est formulé dans la culture francophone, est devenu si envahissant qu’il a enterré le sens de Nafss. C’est-à-dire l’ardeur de relever un défi, de connaitre une ascension qui fait que l’on rayonne, que l’on tende une main généreuse.

Ne s’agit-il pas de la ‘Izza, de la Nafss ?

Réfléchissons-en en tant que marocains. Lorsqu’on entreprend, on est guidé certes par le sens de l’initiative, mais celui-ci perd tout son attrait s’il n’est pas accompagné du sens de l’élévation. Cette ambition louable de sortir d’une condition jugée décevante pour une autre condition plus éminente. Ne sommes-nous pas en pleine affirmation de soi ? Ne s’agit-il pas de la ‘Izza, de la Nafss ?

Dans ce contexte marocain, entreprendre est-ce autre chose que cette Nafs, ce Nif, cette Anafa et cette Rif’a? Sentiments d’accomplissement, d’affirmation et de distinction. Toutes ces valeurs profondément ancrées dans l’imaginaire se mobilisent pour mettre en œuvre un projet surmontant une médiocrité, annonçant ainsi de nouveaux horizons.

Toutes ces valeurs nous rappellent l’essentiel : l’entreprise n’est pas que le profit, n’est pas qu’un tiroir-caisse. Tout ceci conduit inexorablement à l’impasse sans ce standard éthique, cette fidélité de soi, cette spécificité enclenchée par cette Nafss.  Ce moteur, cet élan qui fait éclore les talents, les potentialités qui sommeillent en nous, qui reflète le génie de soi armée de l’esprit de conquête.