Cette torpeur délétère entretenue par certaines structures archaïques
Cette évidence nous interpelle : une civilisation qui marginalise ses femmes est une civilisation moribonde. Voilà pourquoi nous sommes agréablement surpris par cet appel du Conseil Économique, Social et Environnemental exhortant les structures entrepreneuriales à intégrer massivement les femmes dans le marché du travail. N’a-t-il pas proposé dans son rapport, déjà en 2024, des réformes qui combinent satisfaction des revendications féminines et préoccupation pour la croissance économique ? Ne sommes-nous pas là en plein élan d’épanouissement entrepreneurial, donc national ?
Encore une fois, ce rapport nous interpelle tant sa pertinence nous apostrophe. Il s’agit bel et bien d’un cri d’alarme qui nous réveille de cette torpeur délétère parfaitement entretenue par certaines structures archaïques. Un cri qui nous rappelle que les femmes dans notre pays sont dotées d’une énergie à en revendre. Ne font-elles pas merveille là où on leur confie une responsabilité quelconque ? Force est de constater que les freins, comme les bâtons dans les roues, comme les croche-pieds, se multiplient avec une générosité masculine surabondante. Malgré tout ceci, ces femmes réussissent admirablement leurs parcours de combattantes. N’arrachent-elles pas les diplômes les plus élevés ? Sont-elles pour autant récompensées ? Hélas, le dédain du monde professionnel et sa discrimination choquante ne leur réserve qu’un strapontin, sinon marginalisation si ce n’est exclusion !

Que représentent-elles dans l’univers entrepreneurial
Mais quel paradoxe sur le terrain : les jeunes filles dominent les filières scientifiques et techniques. En chiffres concrets, elles représentent 56 % des étudiants en sciences et 42,2 % dans les écoles d’ingénieurs. Mais que représentent-elles dans l’univers entrepreneurial ?
Jusqu’à l’année avant-dernière, le taux d’activité des femmes ne dépassait pas les 19,1 %. Par contre, les messieurs accaparent la part du lion avec 68,6 %. Ainsi quand le chômage se contente de caresser ces mêmes messieurs, il frappe de plein fouet la gente féminine. Plus d’un tiers de ces femmes n’ont pas d’emploi bien qu’elles soient auréolées d’un prestigieux diplôme de l’enseignement supérieur.
On ne peut que s’écrier avec rage : tant de potentialités étouffées ! Quel gâchis !
Encore une fois, comment expliquer une telle iniquité ? Celle-là même qui ne peut qu’avoir les conséquences les plus dramatiques sur le plan social et économique ? Ceci ne dégrade-t-il pas la formation qui n’est plus la clef magique de l’ascension sociale ? Ceci ne porterait-il pas un coup à tout espoir d’élévation et de promotion ? Et qu’en est-il de cette méritocratie rêvée ? Ne serait-elle pas tuée dans l’œuf ? Ceci ne discrédite-t-il pas l’image de la femme dans la société, qui, bien qu’elle soit Qaria, diplômée et ambitieuse, n’est brevetée que pour gonfler le bataillon des chômeurs ? Ceux qui ne comptent pas ?
Encore une fois, comment expliquer tout cela ? Voilà ce qui donnerait matière à réfléchir à un sociologue armé de cette lumière qui éclaire nos cavernes patriarcales. Ces grottes d’où l’on tisse inlassablement ces ficelles qui entravent l’action des femmes et oblitèrent le pouvoir créateur des hommes.
Le psychologue n’est pas en reste puisqu’il vient avec son obole nous rappeler qu’une femme qui n’est plus assignée à ses tâches domestiques, mais qui réussit, qui gagne son salaire. Mais alors cette femme indépendante est donc sulfureuse. Elle dérange un ordre. Elle ridiculise un patriarcat, mais surtout le comble, elle ébranle un machisme trop inquiet de sa fragilité.
Voilà pourquoi nous considérons que le rapport du CESE est un cri du fin fond de la logique entrepreneuriale modernisante. Il s’agit d’une entreprise qui est pertinemment consciente que boucher les perspectives devant les femmes, c’est condamner tout un pays à végéter dans le miasme d’une indigence aussi bien intellectuelle que matérielle.









