nabD نبض se confond allègrement avec le Nabd نبد bannissement
À travers ce rebranding, Saham Bank dévoile ses ambitions stratégiques. Une offre bancaire exclusivement digitale, ciblant en priorité une clientèle hyperconnectée selon sa définition. Il s’agit en effet de la génération Z qui vient de faire une entrée fracassante sur la scène nationale. Ce n’est donc pas par hasard qu’elle se voit chouchoutée par les marques. Tout cela soulève l’enthousiasme, mais que vaut un enthousiasme qui ne recèle pas le moindre malentendu ?
Alors parlons-en. D’abord, ce slogan nabD نبض nous interpelle. Il désigne certes la pulsion, le battement du cœur, mais le mot se confond allègrement avec le Nabd نبد qui signifie en langue arabe : rejet, éloignement, surtout bannissement. Rappelons que le Manboud المنبود, c’est le maskhoutt مسخوط, le banni. Rappelons que le DaD ض voyellé n’est pas le dal د !
Ne s’agit-il pas de la génération Gavroche ?
Hélas, les petits malentendus ne s’arrêtent pas là. Ainsi, Saham Bank nous dit qu’il fait de la jeunesse l’un des piliers de nabD. Mais à notre grande surprise, cette jeunesse est beaucoup plus jeune qu’on l’imagine, puisqu’il s’agit d’une offre spécifique dédiée « aux adolescents de 12 ans à 17 ans » ? Ce n’est donc plus la génération Z. C’est la génération Gavroche !
« Your Lifestyle Banking », cette signature n’est-elle pas imbibée de confusion, quel rapport entre banque et style de vie ? À quoi renverrait une telle expression pour cette cible qui vient juste de jeter ses biberons ? Par ailleurs, ne s’agit-il pas d’une signature générique qu’on pourrait attribuer à moult produits et différentes entités ?
On nous dit que Saham Bank cherche à renforcer son positionnement sur le segment de la banque de détail digitale. Une offre entièrement dématérialisée pour répondre aux attentes de ladite cible.
Dans ce sens, Ahmed El Yacoubi, président du directoire de Saham Bank, nous dit que « le lancement de nabD représente une étape clé dans la transformation digitale de Saham Bank. Ceci illustre notre ambition de créer une offre plus simple et fluide, en adéquation avec les attentes d’une génération connectée ». Admettons qu’il s’agisse bel et bien d’une génération connectée. Mais ne serait-elle pas déconnectée de son environnement, de sa réalité et de sa culture ? Où est donc cette communication de Saham Bank imprégnée de cette réalité culturelle et linguistique, seule en mesure de recréer une confiance et d’ouvrir des perspectives d’adhésion ?
L’IA et ses gros cœurs verts qui battent à un rythme grinçant
Et si on faisait un détour par le spot publicitaire nabD ? L’intelligence artificielle n’a-t-elle pas fait des miracles ? Ne nous a-t-elle pas bombardés de gros cœurs verts qui battent à un rythme grinçant, accompagnés de petites figurines de petits bonhommes verts tout en mouvement ? Ne sommes-nous pas en pleine déshumanisation ? Qu’est-ce qu’on aurait aimé voir des tranches de vie pleines d’émotions et d’affectivité. Ce sont de telles images auxquelles nous nous identifions, qui façonnent un imaginaire et qui constituent le facteur déterminant pour l’adhésion ou le rejet d’un discours ou d’un produit. Ce sont ces séquences qui renvoient à la joie, au bonheur, à l’empathie, à un dépassement de soi, plutôt que ces immenses cœurs en néons qui donnent froid au dos.
Marketing émotionnel, dites-vous ?
Le marketing est passé par là avec sa cohorte de rationalité pour nous rappeler que le marketing émotionnel est la pierre angulaire de toute réussite communicationnelle. Ne s’agit-il pas de cette tendresse souvent piétinée par une sécheresse qui veut imposer sa signature en lieu et place de l’empreinte d’une main tendue pour serrer d’autres mains ?
Il est vrai que nous n’avons nulle intention de dénigrer et encore moins de dévaloriser un effort méritoire, mais nous exprimons nos réserves sur une telle communication destinée à des jeunes, en nous interrogeant : accorder à l’intelligence artificielle la part du lion dans le processus de la créativité ne signifie-t-il pas démission de l’homme et « bannissement » de la femme ? Ne conduirait-il pas à un exil, à une déconnexion avec une réalité riche de ses contrastes bariolés ?











