Fatim Zahra Ammor : le tourisme dans tous ses états ?

Les chiffres relatifs au secteur du tourisme mondial donnent le tournis

Les autorités marocaines annoncent des chiffres de fréquentation touristique avoisinant les vingt millions de visiteurs. Ce qui exprime selon elles, un tournant stratégique qui mérite encouragement. Fatim Zahra Ammor, ministre du Tourisme, avec un réalisme non dénué d’optimisme, affirme soutenir l’objectif de 26 millions d’arrivées, plutôt que de se projeter dans la perspective de 30 millions à l’horizon de 2030. Chiffre prévu par les membres de la Confédération nationale du tourisme.

Il va sans dire que les chiffres relatifs au secteur du tourisme mondial donnent le tournis. Les rapports de l’OMT avancent le chiffre de 1,4 milliard de touristes internationaux. Ne s’agit-il pas d’un grand marché, certes très concurrentiel où les meilleurs se verront plébiscités ? À titre d’exemple, l’Espagne, notre pays voisin, a atteint la barre des 100 millions de visiteurs en 2025. Une fréquentation qui, selon les experts, dépasse les capacités d’accueil du pays.

Fatim Zahra Ammor : le tourisme dans tous ses états ?
La Kasbah Aït Ben Haddou

Qu’offrons-nous à ces visiteurs au-delà du soleil et des plages ?

Mais alors comment pourrions-nous profiter de cette manne qui se profile à l’horizon ? Qu’offrons-nous à ces visiteurs au-delà du soleil et des plages ? Quelles stratégies adopterions-nous pour valoriser l’image de marque du Maroc et accroître sa notoriété ? Y aurait-il meilleur éclaireur qu’une stratégie marketing informée ? Mais avant toute autre chose, n’avons-nous pas intérêt à mettre sous la loupe ce chiffre de 20 millions de visiteurs ? Leur provenance, la fréquence, le taux de fidélité, le degré de satisfaction, etc.

Ce chiffre n’engloberait-il pas ces millions de Marocains vivant à l’étranger qui rentrent sporadiquement au pays par bataillons entiers ? Certains d’entre eux rentrent plusieurs fois par an. Ceci ne gonflerait-il un chiffre qui coïnciderait avec un innocent optimisme ? Ces Marocains peuvent-ils être considérés comme touristes visiteurs ? Ce touriste visiteur motivé par la nostalgie ou le désir de Silat Rahim, n’est-il pas une source aléatoire condamnée à tarir ? Dans la mesure où les enfants d’immigrés ne gardent pas des liens aussi forts que ceux de leurs parents avec leurs pays d’origine.

Cette cible est tant prisée qu’on se l’arrache.

Or les touristes ou les visiteurs visés par les responsables du secteur sont ceux qui sont attirés par la découverte d’un charme indéniable de notre pays : une culture, un savoir-faire, un accueil, une histoire millénaire, etc. L’éventail est certainement large. Ne faudrait-il pas les segmenter afin de répondre à leurs attentes, les fidéliser et en faire des ambassadeurs ?

Fatim Zahra Ammor nous dit : « Nous ciblons les marchés à plus forte valeur ajoutée, notamment les États-Unis et les pays du Golfe. » Nous ne pouvons que partager le souci de la ministre. En effet, cette clientèle est riche. Ses dépenses sont faramineuses. Mais, il n’échappe à l’attention de personne que cette cible est tant prisée qu’on se l’arrache. Une clientèle, si choyée qu’elle est devenue capricieuse, ne mettant le pied que là où il y a émerveillement et rêve. Qu’avons-nous à offrir à cette clientèle ? On ne se compare pas à ces destinations tant prisées, mais on se compare à ces pays de la Turquie, à l’Égypte, à la Tunisie, etc., qui nous font pâlir de jalousie.

Fatim Zahra Ammor : le tourisme dans tous ses états ?
Jardin majorelle

Le tourisme n’est pas un tiroir-caisse

« Ce chiffre record de 19,8 millions d’arrivées n’est pas un succès conjoncturel », nous dit la ministre. Il faudrait donc qu’il soit structurel. Malheureusement, entre les aspects conjoncturels et structurels se dessine une problématique riche en enseignements qui nous rappelle que, peu importe le produit à promouvoir, il ne pourra véritablement connaître le succès et la notoriété au-delà de ses frontières que s’il a préalablement fait ses preuves sur le plan local.

Et c’est là où le bât blesse, le tourisme intérieur-local n’est pas plébiscité par les Marocains ! À quelques rares exceptions près. Quelles sont les causes ? Seul le sociologue nous sortirait de l’embarras.

En somme, disons que tout un chantier s’annonce : investissement ciblé, capacité d’accueil, diversification des offres, formation hôtelière, remise en cause d’un certain mode de comportement considérant le touriste comme une vache à lait ? Le travail à accomplir est immense, mais les volontés sont là et elles ne rechignent pas à la tâche.

Les propos de Fatim Zahra Ammor ont le mérite de soulever un débat tout en nous rappelant une évidence : le tourisme n’est pas un tiroir-caisse. Mais il s’agit bel et bien d’« un pilier stratégique du développement économique et territorial du Maroc », selon ses propres termes.