Marques marocaines : la fin d’un divorce avec le consommateur ?

Sortir le consommateur marocain de l’anonymat

Si nous étions invités à cette fête, « Élu Produit de l’année Maroc 2026« , ce n’est certainement pas pour applaudir. Mais plutôt pour saisir cette opportunité pour mesurer le chemin parcouru, tout en désignant du doigt les failles, les carences qui entravent une marche que nous voulons qu’elle soit la marche qui reflète l’élan d’une nation.

Commençons donc par cette question qui est tout sauf innocente : les marques marocaines exercent-elles une influence quelconque sur leurs consommateurs ? Ont-elles un impact quelconque sur leur quotidien ?

Comment répondre à de telles questions sans une enquête sociologique qui scrute, qui évalue l’évolution tumultueuse de nos conduites et de nos attitudes ? Ne sommes-nous pas en plein terrain glissant où se mêle l’affectif, l’esthétique, et enfin le fonctionnel convenable ? Mais avant toute enquête, n’est-il pas salutaire de dresser le portrait si multiple de ce consommateur ? De le sortir de l’anonymat, l’identifier comme cible avant d’interroger ses attentes, ses motivations psychoculturelles, son pouvoir d’achat ?

Que vaut un produit, quelle que soit sa qualité ou la performance de sa promotion, s’il ne fait que tâtonner dans les labyrinthes pour débusquer un consommateur qu’il n’a jamais rencontré, qu’il n’a jamais eu l’honneur de lui serrer la main ?

L’éternel absent ?

Incontestablement, les marques nationales sont animées par une énergie à revendre, l’énergie de s’imposer sur le terrain. Elles multiplient les efforts, frappent sans relâche aux portes de l’innovation. Hélas. Elles sont confrontées à cette brindille qui brise le dos du chameau, qui n’est autre que le divorce consommé avec le consommateur. Celui-ci n’est-il pas l’éternel absent, le non-invité à ce banquet où l’on se sert de ces miroirs qui chantent les louanges de ces sublimes traits ?

On interroge les promoteurs :  comment vous vous permettriez une telle célébration sans inviter cet illustre absent ? Ils répondent en chœur : « Nous l’avons invité, mais il n’a pas daigné répondre à notre invitation. » Interrogé, celui-ci se défend : « On m’a envoyé en effet un bristol d’invitation, mais le bristol en question est indéchiffrable, il est écrit avec des lettres difficiles à décoder, un véritable charabia accompagné d’images bancales qui ne me parlent pas. »

Avec de telles doléances, comment établir et confirmer un ancrage dans un environnement exigeant, n’intégrant que ce qui lui est bénéfique tout en rejetant sans appel tout ce qui lui porte atteinte ou l’altère ?

Par contre, les marques internationales parfaitement installées dans ce même environnement marocain ne nous assènent-elles pas un défi difficile à relever ?

Comment expliquer cela ? Pendant que les marques marocaines s’admirent dans leur miroir narcissique, les marques étrangères expriment une fidélité sans faille à leur identité culturelle et visuelle.

Ne sommes-nous pas le pays de l’authenticité ? Reprocherions-nous aux Marocains de rendre hommage à l’authentique ?