L’Afrique secoue son héritage aussi bien tribal que colonial, sa main constamment tendue, n’attend-elle pas que d’autres mains viennent lui serrer la main ? Hélas, depuis les indépendances et leurs mirages, les rêves s’effilochent. Aujourd’hui, l’Afrique, revenant de ses illusions mirobolantes, s’interroge : et si l’entreprise était l’avenir de l’homme africain ? Le forum économique Choiseul Africa, organisé par l’institut français du même nom et qui s’est tenu à Rabat, n’en est-il pas l’une des prémisses ?

L’heure de réciprocité économique a sonné.
Son président Pascal Lorot n’est-il pas le porte-parole de cette approche prometteuse ? C’est dans ce sens qu’il souligne que l’heure de réciprocité économique a sonné. Que l’ambition souverainiste qui souffle sur l’Afrique doit être accueillie non pas par des applaudissements sans lendemain, mais on en faisant une opportunité inaugurant une coopération sur des bases saines, dépourvue de calculs égoïstes.
C’est dans ce cadre que le Made with Africa trouve toute sa portée. C’est-à-dire, le passage nécessaire du slogan à une construction effective. À cela s’ajoute une préoccupation qui se traduit concrètement par l’échange d’expériences, d’informations et d’études. En un mot, comment passer d’une logique de dépendance à une logique de partenariat libérateur ?
L’Afrique, un tiroir-caisse ?
Voilà ce qui fait de ce forum un jalon déterminant pour un nouveau cap et pour un nouvel avenir : 800 décideurs de plus de 60 pays imprégnés d’une philosophie qui nous enseigne que l’Afrique ne doit plus être considérée comme tiroir-caisse : investissement et rentabilité, mais plutôt comme partenaire à part entière pour une interactivité fructueuse.

L’éventail est large : des ministres côte à côte, des chefs d’entreprise, des décideurs publics et privés. Des investisseurs des pays du Golfe ainsi que des investisseurs d’Europe parlent tous la même langue : celle de l’entreprise, de l’esprit d’initiative et de l’enrichissement mutuel des différences.
Sommes-nous à l’orée de nouveaux modèles économiques ? Des modèles compétitifs intégrant les économies africaines au cœur des standards de valeur mondiaux.
« Le Made With Africa » n’incarne-t-il pas une nouvelle génération d’hommes et de femmes héritiers d’un capital riche de turbulence, d’échecs et d’ambitions contrariées ? Aujourd’hui, n’ont-ils pas la conviction intime que la croissance et la performance économique passent par l’entreprise ? Une entreprise qui repense les alliances et qui considère que sans les outils d’une modernité salvatrice, armée d’une transparence, d’une éthique saine, toute ambition d’épanouissement est vouée à l’échec.

Voilà pourquoi les termes qui reviennent le plus souvent sont : co-industrialiser, co-innover et co-exporter, co-entreprendre. Tout cela ne renvoie-t-il pas à capitaliser, à échanger un savoir-faire, à partager un esprit d’innovation ? « Si nos pays ne se complètent. Ensemble, nous avons tout : l’énergie, les ressources, la jeunesse, le marché et l’ambition », a affirmé Ryad Mezzour, ministre de l’Industrie et du Commerce du Maroc.
L’épanouissement ne passe-t-il pas d’abord par le capital humain ?
Papa Amadou Sarr, directeur général de Porteo Group, a mis le doigt sur une évidence que nous semblons oublier : la croissance comme l’épanouissement passe d’abord par le capital humain :
« Le principal défi des chaînes de valeur, c’est le capital humain. Les talents qualifiés manquent. Former la jeunesse devient donc une urgence. »
Nos pays ne sont-ils pas invités à faire le pas escompté en se complétant ? Or, se recroqueviller sur ses petits acquis ne conduit-il pas forcément au miasme et à l’étiolement ?









