Il n’y a pas un seul jour qui passe sans qu’on nous parle des miracles de l’intelligence artificielle (l’IA). Tous les rêves sont possibles et notre enthousiasme n’a plus de limite. Ne serait-elle pas la main divine qui se poserait sur « les fils de Pub » pour les sortir de l’angoisse de la page blanche ? Ô miracle, adieu la panne d’idées ? L’IA, cette baguette magique, ne tiendrait-elle pas en elle les solutions miracles tant attendues ? La créativité tant convoitée, qui nous a tant trituré les méninges, et ce contenu qui nous a souvent tourné en bourrique, tout ceci ne part-il pas en vrille ?
L’intelligence artificielle ne se mue-t-elle pas en fée transmettant énergie, savoir-faire, savoir-dire, savoir séduire, et même plus que cela, transmutant une ânesse en gazelle dont la fraicheur virginale subjugue les âmes les plus chastes ?
Ce Génie qui n’a certainement pas échappé de la lampe d’Aladin
Face à l’engouement de certains publicitaires marocains envers ce nouveau djinn, ce Génie qui n’a certainement pas échappé de la lampe d’Aladin, des questions nous taraudent : ce dispositif technologique qui a pour tâche d’analyser des données, en fournissant des réponses à la vitesse de l’éclair est certes une nouvelle révolution dans la marche de la civilisation humaine. Mais accabler cette pauvre IA de la connaissance, une psychologie, une culture et des méandres d’une histoire ne relève-t-il pas de l’impensable ?
Dissipons tout malentendu : une logique automatisée ne se substituera jamais à l’intelligence humaine. Elle peut lui être d’un immense secours, mais à condition que ces outils technologiques soient asservis par l’Homme et non pas l’inverse.
Et la publicité marocaine dans tout cela ? L’apport de l’IA est considérable à condition de circonscrire son champ d’intervention : le marketing personnalisé, la compréhension du parcours client, le taux de fidélisation, le comportement d’achat, la génération d’images et de vidéos pour les campagnes publicitaires, élaborer la cartographie d’une cible, analyser les données, rationaliser un rendement, mesurer l’impact d’une campagne et maximiser l’efficacité, dresser le portrait d’un consommateur et son adéquation avec un produit, etc.
L’IA et notre héritage psychoculturel
Mais de grâce, traçons une frontière nette entre ces éléments automatisés et l’héritage psychoculturel constitutif de la diversité d’une personnalité marocaine. Ce legs multiforme est avant tout la chasse gardée de l’intelligence humaine, de la sensibilité humaine et c’est celui-là qui détermine, qui oriente et qui dicte sa supériorité à la machine. Si on se fie entièrement à l’IA, que restera-t-il donc du sens de l’hospitalité, des valeurs éthiques, de la générosité chaleureuse d’une main tendue ? De toutes ces valeurs que les Marocains affectionnent au plus haut niveau ?
On a beau s’enthousiasmer, on a beau chasser le facteur culturel, mais il revient avec fracas au galop pour narguer ce publicitaire.
La créativité n’est-elle pas celle qui puise de ce fond culturel marocain ?
Pour lui rappeler que sans l’originalité d’une créativité qui puise de ce fond culturel marocain, son IA n’est qu’un palliatif qui aggrave les symptômes d’un divorce qui s’annonce à l’horizon. Cette logique automatisée ne reproduit-elle pas admirablement et à la vitesse de l’éclair ce pour quoi on l’a programmée ? Hélas, clichés et lieux communs qu’elle délivre ne trouvent nul contradicteur, ni esprit critique. Tout ceci ne conduirait-il pas à un naufrage dont on ne se relève pas ?
Ainsi, quand les visages humains sont procréés par la machine, quand les sons sont synthétisés, quand les mots sont manufacturés par la logique froide, que reste-t-il de l’humanité, de l’homme ? Ne sommes-nous pas dans le royaume de la stérilité artificielle ?
Avec l’intelligence artificielle, le paysage publicitaire marocain est à la veille d’une véritable révolution. À la condition expresse que cette intelligence machinale soit dominée, commandée par l’Homme marocain. Le seul qui possède ce souffle pétri de notre authenticité et notre singularité.
En effet, l’intelligence artificielle n’a rien à voir avec les effets spéciaux ni les effets de manche. Les enjeux qu’elle enclenche sont si importants qu’ils touchent au pouvoir créateur de l’homme et à sa capacité à dominer la machine.










