Les programmes de télévision sont envahis jusqu’à la saturation par des spots publicitaires
Ici et là des articles qui nous disent que l’activité commerciale pendant le mois de ramadan est beaucoup plus soutenue par rapport au reste de l’année. Sans blague ! S’agit-il d’une trouvaille, d’un scoop inédit ? Pour autant que nous sachions, tous les ans à la même période, tout l’écosystème agroalimentaire est sur les dents dans une compétition qui nous rappelle à s’y méprendre les arènes romaines et leurs combats à mort. Sauf qu’ici, et Dieu merci, l’arène où tout ceci se joue est bel et bien les programmes de télévision qui sont envahis jusqu’à saturation par des spots publicitaires, selon le constat de plusieurs observateurs.
Ainsi tous les ans, pendant le mois de Ramadan, la télévision accapare à elle seule les plus gros investissements publicitaires. Pas de répit pour le consommateur. Les passages incessants des spots qui se suivent et qui se répètent sont tels qu’on parle d’un quasi-engorgement publicitaire. Les spécialistes se posent avec une grande lucidité cette question : est-ce que les spots diffusés à la télévision sont réellement regardés ou simplement exposés ? Une telle couverture garantirait-elle une quelconque conversion ? La présence de ces marques obéirait-elle à une stratégie bien précise ou bien s’agirait-il d’être diffusées, d’être présent à tout prix dans le but de marquer une présence dans cette espèce de foires aux trouvailles ?
Un pays qui vient de découvrir pour la première fois un certain mois de ramadan ??
Sur le plan des habitudes de consommation pendant le mois de ramadan, une autre découverte qui nous laisse sans voix. Il parait que la période du mois de ramadan transforme profondément le rythme d’achat des consommateurs en le déplaçant vers des horaires plus tardifs. La chose est tellement inédite qu’on avait besoin de faire appel à une enquête menée par un spécialiste du trade marketing pour arriver à une telle constatation ! N’est-elle pas menée tambour battant pour un pays qui vient de découvrir pour la première fois un certain mois de ramadan et les chamboulements qu’il fait vivre à une certaine population et tout un environnement ?
Les bras nous en tombent, une autre surprise et une autre découverte, le saviez-vous ? Les dépenses des ménages connaissent une hausse dépassant les 18 % ? Même le Haut-Commissariat au Plan s’en mêle pour confirmer une telle tendance.
L’économiste Youssef Guerraoui Filali vient à notre secours pour remettre les pendules à l’heure : « Il s’agit d’un pic de consommation, lié à l’état d’esprit du jeûne pendant le mois de Ramadan. » « Il ne faut toutefois pas s’y tromper. Il ne s’agit pas d’un moteur structurel de croissance, mais d’un pic saisonnier de consommation, inscrit dans un modèle culturel pleinement assumé. » Et que ces rayons alimentaires qui sont pris d’assaut, et ces produits de première nécessité dont les ventes s’envolent, il s’agit tout simplement d’une parenthèse économique intense, mais temporaire. Une sorte d’« économie de la foi » qui est limitée dans le temps et qui ne saurait être assimilée à un véritable levier de croissance durable, selon l’analyse de Youssef Guerraoui Filali.









