Hajir Hajji la PDG d’ACTION : un conte de fées ?

Hajir hissée sur le podium aux côtés des femmes les plus célèbres

Est-ce un conte de fées ? Ou tout simplement une légende qui fait de Hajir une Alice au pays des merveilles ? De quoi s’agit-il ? TFT Morocco a publié cette semaine un post qui nous annonce qu’une Marocaine, une anonyme parmi les anonymes, qui n’était que caissière de son état, devient comme par enchantement Présidente Directrice Générale du géant néerlandais du discount, ACTION. Hajir Hajji ne préside-t-elle pas aux destinées de 65 mille salariés sous sa férule ?

On nous dit que cette brillante femme a commencé à travailler dans la même entreprise dès l’âge de 17 ans. Qu’elle a grimpé les échelons, pas à pas, jusqu’à ce qu’elle soit hissée sur le podium aux côtés des femmes les plus célèbres.

À aucun moment, on ne parle de Hajir Hajji la néerlando-marocaine

On insiste, encore une fois et à juste titre, sur ses origines marocaines, son milieu social modeste et enfin son ascension fulgurante. À aucun moment, on ne parle de Hajir Hajji la néerlando-marocaine, née de parents marocains.

Donc, l’essentiel est escamoté ! Ne s’agit-il pas d’un autre environnement que marocain ? Un environnement qui apprécie les talents et qui a pour mascotte la méritocratie ? Cette même méritocratie qui constitue le véritable nerf de la guerre. Qui chérit au plus haut point le mérite individuel. Qui fait de la formation continue, des diplômes, de la compétence, de l’esprit d’initiative, de l’expérience, de l’audace, son cheval de bataille.

Tous ces facteurs ne conduisent-ils pas à une ascension ardemment préparée ? Tous ces facteurs ne constituent-ils pas les fondements mêmes d’une compétition saine et créatrice ?

Or, tout ceci contredit point par point une société telle que la nôtre qui se débat dans les rets d’un patriarcat ne jurant que par le népotisme, le cousinage, le clientélisme et que sais-je d’autre !!

S’accrocher à des modèles où la réussite sociale est possible pour tout un chacun ?

Voilà pourquoi célébrer cette femme à cor et à cri rassure et conforte le sentiment d’une fierté culturelle, ce qui ne manque pas d’entretenir l’espoir de se voir sur la voie d’une modernité rêvée. Il s’agit bel et bien d’une émotion tout à fait louable. Ne traduit-elle pas un besoin viscéral de s’accrocher à des modèles où la réussite sociale est possible pour tout un chacun ?

Hélas, notre inconscient nous joue des tours. Je m’explique : en brandissant le portrait de Hajir Hajji ne sommes-nous pas en train de faire d’elle l’arbre qui cache la forêt ? La forêt cachée n’est-elle pas cette méritocratie et tout ce qu’elle stimule, comme innovation, remise en cause, créativité, individualité émergente ? Tout ce qui enclenche ce processus ininterrompu de mutations organisationnelles et intellectuelles.

Des talents condamnés à végéter, à composer avec la médiocrité

L’esprit d’entreprise n’a-t-il pas pour vocation de faire de l’entreprise une locomotive de progrès ? Un espace où la méritocratie est reine. N’est-il pas le terreau où toutes les fleurs s’épanouissent ? Serait-il le cas chez nous ? Hélas, le carcan de la tribu, l’esprit du clan, l’éthnicité, la hiérarchie séculaire, tout ce que reproduit une structuration est constamment à l’œuvre. Tous ces éléments d’assujettissement se liguent main dans la main pour étouffer net cette méritocratie tant rêvée. Tout un univers de talents, de performances est enterré. Des talents condamnés à végéter, à composer avec la médiocrité

Qu’on soit sûr et certain, l’exemple lumineux de Hajir Hajji, partie de rien pour devenir PDG, ne risque pas de se reproduire dans notre pays avant longtemps.

Si Hajir Hajji avait commencé sa carrière au Maroc dans une entreprise marocaine comme caissière, en dépit de tout le dévouement et le savoir-faire dont elle aurait fait preuve, elle aurait fini, dans le meilleur des cas, chef caissière. Alors que sa supérieure s’installerait confortablement dans son fauteuil de directrice parce qu’elle est tout simplement la fille ou la sœur du patron !

Une dernière question : Hajir n’existe pas chez nous comme prénom. Ne s’agit-il pas de Hajar ? Est-ce une interversion ? Oui, il faut éviter Hajar qui signifie exil et expatriation, donc LHrigue لحريڤ. Tout un programme!!