Est-ce La Vache qui rit ou la vache qui pleure ?

Ce n’est nullement une anecdote lancée par un humoriste facétieux. Que l’on s’arrête sur le titre libellé ainsi : « La marque La Vache qui rit lance une édition au goût de la harissa ». Or la harissa, c’est cet assaisonnement très fort. Un condiment emblématique connu pour son goût piquant, fait de piments rouges moulus et transformés en purée. La consommation de la harissa – nos amis tunisiens la testent tous les jours –  se traduit par l’embrasement de la bouche, de la gorge et par l’incendie des narines. Chez les néophytes marocains, cela provoque en plus de tout cela un flot de larmes ininterrompues.

La Vache qui rit ne va-t-elle pas chialer ?

Et La Vache qui rit dans tout cela ? N’est-elle pas invitée à troquer les herbes douces des prairies vertes par un condiment qui la fait chialer de toutes les larmes de son corps et de ses cornes ?

Ne sommes-nous pas devant un produit qui prend tous les risques en s’aventurant dans les méandres de nos labyrinthes culturels.

Pour revenir, non pas à nos moutons, mais à notre sacrée vache, voilà ce que l’information nous dit : « À l’occasion de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) TotalEnergies Maroc 2025, le Groupe Bel met sur le marché une édition limitée de La Vache qui rit au goût harissa. »

Les supporters dans leur transe ?

On se demande pourquoi « une édition limitée ? Est-ce parce que trop de harissa nuit au palais ? Ou bien pour faire taire les méchantes langues. Les promoteurs d’une telle révolution gustative ne sont-ils pas conscients du caractère trop piquant qui risquerait de faire fuir les petites natures que nous sommes ? Voilà pourquoi ils nous rassurent : « Cette nouvelle recette qui a réussi à marier la douceur et la texture fondante légendaires de La Vache qui rit à la saveur relevée et épicée de la harissa vient mettre du piquant dans les papilles des supporters et pimenter l’ambiance des rencontres footballistiques. » En somme, les supporters, dans un état second, tellement emportés dans leur transe entre chants, sifflet et balancement des fumigènes, seraient prêts à avaler tout ce qui leur tombe sous les dents ?

Est-ce La Vache qui rit ou la vache qui pleure ?
« Du piquant dans les papilles des supporters et pimenter l’ambiance des rencontres footballistiques. »

Ce qui n’a pas tardé à enclencher tout un tas de commentaires aussi cuisants les uns que les autres. Pour notre part, nous ne faisons pas de commentaire. Nous comprenons parfaitement les intentions mercantiles qui sont légitimes. Et nous ne manquons pas de relever qu’il fallait bien enrober la pilule si amère, en la badigeonnant de miel.

 Mais à notre surprise, le groupe va plus loin, requinqué par ses succès harrissiens, il va cette fois-ci plus loin pour conquérir d’autres âmes égarées. Ainsi, il annonce : « La filiale marocaine du Groupe Bel enrichit sa gamme de fromages fondus avec une nouvelle variante au goût cheddar produite à Tanger. Cette initiative s’inscrit dans une stratégie de diversification des goûts pour répondre aux préférences du marché local. »

Waouh ! Quelle ambition ! « Diversifier les goûts ». Mais une question nous turlupine. « Cheddar » ? Mais, qui est-ce ? Est-ce le diable qui va remodeler et diversifier nos goûts en renversant nos langues et nos papilles qui tombent à la renverse ?

L’identité de La Vache qui rit altérée ?

Et le résultat de tout cela ? Nous ne reconnaissons plus notre chère Vache qui rit. Son identité est altérée. Elle n’est plus ce qu’elle fut. Elle s’est transmuée en une travestie au gout bizarre qui nous reste à travers la gorge.

Pauvre Vache qui pleure, seule dans son coin. Sans le moindre taureau qui lui fait la moindre caresse. Ni la moindre consolation d’amour.