Ces Musulmans et ces Noirs que Karine désigne à la vindicte

Une communication en pleine déviation

Si aujourd’hui, je traite de cette histoire, c’est pour souligner les dangers d’une communication en pleine déviation conduisant irrémédiablement à l’effondrement d’une image de marque. Ne s’agit-il pas d’une communication suicidaire ? Ce à quoi nous avons assisté sur la chaîne d’information CNews.

Il est de notoriété publique que cette chaine ne fait pas mystère de son orientation raciste, voire fascisante. N’a-t-elle pas été sanctionnée par l’Arcom (l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique) à plusieurs reprises pour des propos discriminatoires envers l’immigration et les gens de couleur ? Ne lui reproche-t-on pas de banaliser les comportements discriminatoires sur fond de xénophobie ?

Ces Musulmans et ces Noirs que Karine désigne à la vindicte
Je n’avais pas l’habitude de voir des gens qui avaient des têtes étrangères

Est-il étonnant que cette chaîne soit devenue le déversoir de haine de toute personne qui cherche à plaire à la fachosphère ? Et la voilà, Karine Le Marchand, l’animatrice de l’émission L’amour est dans le pré, l’invitée de Pascal Praud sur CNews pour la promotion de son documentaire « Les Nouveaux Français » : à travers des personnalités dont la chef de file n’est autre que l’hyperclivante Rachel Khan.

L’audience si diverse, si bariolée, est profondément choquée, scandalisée

Mais revenant au passage de Karine Le Marchand sur CNews : avec un calme remarquable et un sourire constant, elle nous raconte qu’à son arrivée à Paris dans les années 1980, en observant l’arrivée du RER, elle avait été choquée par « tous ces noirs et tous ces musulmans, enfin ces arabes, qui sortaient ». « Des gens qui avaient des têtes que je n’avais pas l’habitude de voir, parce qu’à Nancy, j’étais la seule de mon école à avoir cette tête-là ». Et qu’elle n’avait pas pu s’empêcher « d’avoir un peu peur d’eux  », avant de prendre « l’habitude de voir des gens qui avaient des têtes étrangères  ». Est-il surprenant que, sur le plateau de CNews, ces propos aient été accueillis par des rires complices ? Face à ces propos indignes qui dénotent d’une ignorance abyssale, l’audience si diverse, si bariolée, est dans sa majorité profondément choquée, disons même scandalisée.

Ces Musulmans et ces Noirs que Karine Le Marchand désigne à la vindicte
À Nancy, j’étais la seule de mon école à avoir cette tête-là

Servilité ? Faire le buzz ? Une compatibilité avec le traitement idéologisé de l’information par CNews ?

Une question nous turlupine : Comment cette journaliste chevronnée si rompue à l’exercice de la communication journalistique se permet une telle bévue ?  Est-ce par servilité, ou une intention de faire le buzz afin de garantir une grande diffusion à son documentaire ? Ou bien, dans une perspective de changement de cap, retrouver une compatibilité avec le traitement idéologisé de l’information par CNews. En un mot, une sorte d’entretien d’embauche au sein de la chaîne dans la perspective de remplacer celle qui vient de démissionner suite au scandale Mourandini : Sonia Mabrouk ?

Ces Musulmans et ces Noirs que Karine Le Marchand désigne à la vindicte
Déshumaniser un pan de la société française pour différence de couleur, de religion ou de mœurs

Tout message communicationnel pourrait faire notre malheur ou notre bonheur 

Quelle que soit la réponse à ces questions, nul ne peut être convaincu par sa défense malencontreuse. Supposons qu’elle ait vécu à Nancy au milieu d’une « race pure« , comme elle l’insinue.  Est-ce que cela justifie de jeter en pâture et déshumaniser un pan de la société française pour différence de couleur, de religion ou de mœurs ? Mais, alors, si cette population fait tant peur, tout est permis. Ce discours ne serait-il pas un appel du pied pour l’application à l’identique d’une ICE trumpiste qui nous rappelle la sinistre Gestapo ?

N’avons-nous pas souligné que tout message communicationnel pourrait faire notre malheur ou notre bonheur ? Pour avoir transgressé les règles d’une éthique et d’un vivre-ensemble. Serions-nous étonnés si la sortie communicationnelle de Karine a soulevé un tollé qui avance crescendo sur les réseaux sociaux, la condamnant ainsi à un exil irréversible ?