2M : Dirou Niya ousktou, soyez naïf et fermez-la !

Sa panoplie de monts et merveilles

La chaîne de télévision 2M nous révèle sa programmation pour le mois sacré. Elle est certes riche ! Mais, nous aimerions la décortiquer afin de déceler l’ivraie du faux. Incontestablement, notre chère chaîne, par souci professionnel, nous présente sa panoplie de monts et merveilles estampillée par l’empreinte de Dirou Niya. Nous allons donc enfoncer le clou non pas dans le sens de Ndirou Niyya, mais dans un sens tout à fait opposé, celui de Qallat Nniyya !

Selon le communiqué diffusé par la chaîne, celle-ci ambitionne d’accompagner les familles marocaines durant le mois sacré. En diffusant une offre variée : contenus divertissants, culturels et spirituels. Mais, attendez, la nouvelle des nouvelles : la production nationale tient la part du lion, sans blague !

Une injonction, à se résigner et à courber l’échine devant ce que l’on vous offre

Tout cela est clair comme l’eau de roche, mais que vient faire ce slogan Dirou Niya ? Ce slogan n’est-il pas une invitation, si ce n’est une injonction, à se résigner et à courber l’échine devant ce que l’on vous offre généreusement ? Ce slogan, dans ce contexte, ne signifie-t-il pas : Dirou Niya ousktou. Soyez naïf et fermez-la ?

La télévision n’est-elle pas un moyen de communication ? Or, qui dit communication dit communion. Cette programmation n’est-elle pas destinée à un large public ? Dieu merci, ce large public n’est certainement pas logé à la même enseigne. Ce large public n’est nullement synonyme d’uniformité, une sorte de tous kif-kif, pas de quoi se creuser les méninges. Dans ce contexte, Dirou Niya n’est-il pas une tentative d’effacer les aspérités différentielles qui sont la quintessence même de toute richesse culturelle et émotionnelle de tout un peuple ?

Du déjà-vu, souvenirs de déceptions, de désenchantement

Toutes les émissions annoncées donnent le sentiment du déjà-vu. Or, la programmation télévisuelle n’est ni ronronnement ni serpent mordant sa queue ! Ainsi, derrière ce qui est annoncé : les noms des protagonistes se succèdent avec le même rythme, les mêmes images, la même narration et le même son qui s’enclenchent dans nos têtes. Ces mêmes petites têtes qui n’emmagasinent que souvenirs de déceptions, de désenchantement et d’amertumes. Tous ces souvenirs ne constituent-ils pas un a priori mortifère ? Nos jugements ne sont-ils pas façonnés, influencés par ce lourd contentieux ?

Comment remédier donc à une telle impasse ? Tout d’abord, en lieu et place de cette énumération fastidieuse de tous ces noms, de toutes ces émissions, n’aurait-il pas été préférable de nous surprendre ? Oui, nous surprendre avec de la nouveauté dans le traitement des sujets, avec de la créativité artistique et surtout avec cette hardiesse audacieuse ouvrant ainsi les portes à de nouveaux talents.

Un feu d’artifice à la sauce indigeste de ce Dirou Niya

De grâce, au lieu de ce feu d’artifice à la sauce de ce Dirou Niya de plus en plus indigeste, parlez-nous des contenus que vous allez mettre à l’honneur. Un contenu qui reflète nos préoccupations. Voilà ce qui nous aurait rassurés face à tant d’orages qui s’accumulent par-dessus nos têtes. Quelle orientation culturelle ? Avec quel sens ? Et avec quelle substance ? Avec quel esprit ? Nous ne voyons nulle pièce de théâtre à l’horizon, nulle émission de débat tout court, ni de débat contradictoire et nulle présence intellectuelle à travers le livre, la peinture, les musées, etc.

L’esprit ne s’abêtirait-il pas d’une indigestion de Noukat creuses et d‘un divertissement plat ? L’esprit ne se nourrit-il pas de ce qui l’enrichit, de ce qui le dynamise et de ce qui le requinque ?

Soyez un troupeau de moutons et hâtez-vous de vous précipiter dans l’enclos ?

De grâce, épargnez-nous ce slogan Dirou Niya. C’est une manière de dire aux téléspectateurs : « Soyez un troupeau de moutons et hâtez-vous de vous précipiter dans l’enclos. »  À notre connaissance, la chaîne 2M n’est pas une Zriba. En somme, Dirou Nniya ne veut dire qu’une chose : anesthésiez votre esprit critique et résignez-vous à ce que la fatalité vous offre comme charité, une belle sadaqa de 2M.

Voyons ! Voyons ! Ramadan n’est pas propice à l’inhibition, à la mollesse et au caprice d’un estomac qui s’éveille au shour et se goinfre pour redormir au crépuscule.